Comment je me suis fait exploiter à Londres [Chronique Voyage]

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Bonjour à tous!

Voici donc une nouvelle chronique voyage du blog Partir en Voyage dans laquelle je vais vous raconter comment je me suis fait exploitée à Londres (quel titre prometteur!).

Londres

Explications préalables

C’était il y a 2 ans. J’avais décidé de partir à Londres pendant les 2 mois d’été dans le but d’améliorer mon anglais. Je trouvais mon niveau d’anglais vraiment bof (ce qui n’est pas tip top quand on est dans le tourisme!).

A moi l’aventure et en route pour Londres!

Cet été, je n’avais pas besoin de gagner des sous car je commençais à travailler en septembre, so no problem!

Il fallait tout de même que je me trouve un travail car :

  • Je n’avais pas besoin d’argent pour la suite mais j’avais besoin d’argent pour vivre à Londres (je voulais revenir avec autant d’argent qu’au début).
  • Travailler est un excellent moyen pour apprendre l’anglais, pour côtoyer la population.

maisonsJ’ai, au préalable, essayer de chercher un boulot par internet mais j’ai vite trouvé cela galère. Il y avait des agences qui proposaient que l’on les paye afin qu’elles nous trouvent un travail (ex : london job) mais j’avais lu dans des forums que c’était un grosse arnaque (d’ailleurs je peux le confirmer car j’ai par la suite rencontré des gens qui s’étaient fait avoir).

Je me suis dit : ce n’est pas grave, je trouverai sur place, cela sera plus simple!

Let’s go to London! Sourire

J’ai à peu près cherché un boulot pendant un mois. Bon, quand je dis cela ce n’est pas vraiment vrai! Car bien évidemment je n’ai pas cherché tout le temps : le temps que je prenne mes marques, que j’arrive à me débloquer (par rapport à mon anglais), que je visite la ville (tourisme à fond!)… Mais bon, j’ai quand même cherché plutôt activement en déposant des CV, j’ai passé quelques entretiens…

Je tiens à préciser qu’il est plutôt difficile de trouver un job  à Londres car il y a beaucoup d’étrangers qui viennent chercher un boulot! La concurrence est donc rude!                                     (je pense écrire dans un prochain article quelques conseils pour trouver un job à Londres car je pense que cela peut peut-être intéresser certaines personnes… à voir).

A la fin du mois de juillet je n’avais plus de sous du tout (car j’avais pris de l’argent pour vivre seulement 2 semaines), j’ai vécu pendant 15 jours avec seulement 2£ (2.50 euros) par jour pour vivre. Ce qui, soit dit en passant, n’est pas du tout beaucoup pour Londres!

Voici le récit de mon exploitation :

tamiseJ’ai donc travaillé un mois à Londres dans un restaurant mexicain et italien. Mon job était de distribuer des flyers (la plupart du temps) et d’être serveuse (de temps en temps).

Je travaillais 4 jours par semaine de 16h à 1h (du mat), soit 8 heures par jour. Je gagnais 30£ (37 euros) la journée. Donc, ce qui faisais que j’étais payé 4.62 euros de l’heure (37 divisé par 8). Je n’étais pas déclarée (comme au moins la moitié des salariés).

Pendant 6 heures, j’étais en bas d’un escalator avec un chapeau mexicain et je devais donner deux flyers en disant “Hi ! Free Margarita!” (Bonjour, Margarita gratuite). Je souriais tout le temps. Le restaurant était à l’étage, c’est pourquoi je distribuais des flyers à ceux qui montaient.

Je n’avais pas le droit de faire de pause, pendant 6 heures je restait debout, sans bouger (dans même pas 1m²) et je devais être rapide, dynamique et souriante.

Le restaurant était juste en haut et comme il y avait un escalator, l’espace était ouvert, ce qui fait que le patron me surveillait la plupart du temps (car il me voyait depuis sa place devant le restaurant).

Plusieurs fois par jour il me faisait signe et me disait d’aller plus vite (car selon lui, je ne donnais pas assez vite les flyers) et de sourire (car au bout d’un moment, sourire pendant 6 heures, c’est difficile).

gardeAvant c’était un gars qui distribuait les flyers aux gens (avant que j’arrive). Il trouvait que je venais rechercher des flyers trop souvent, il m’a plusieurs fois accusée d’aller jeter des flyers à la poubelle (soit disant pour faire style que j’étais super efficace).

Or ce n’était pas vrai, je donnais bien tous les flyers. Le patron m’a plusieurs fois mis la pression en me demandant si je jetais des flyers.

Enervée je lui ai dit : “je pense qu’il y a un petit problème car d’un coté vous trouvez que je ne distribue pas assez vite et d’un autre coté vous trouvez que je reviens chercher trop souvent des flyers (au point de me dire que j’en jette peut être!). D’un coté je vais trop vite et d’un autre coté pas assez! Il faudrait savoir! Je ne jette pas de flyers, vous le voyez bien vu que vous me surveiller tout le temps!”.

En fait, tout ceci était du fait que je sois une fille : quand une fille distribue un flyer, les filles et les gars les prennent (en se disant : je vais être sympas, je vais lui prendre son papier). Quand un gars distribue un flyer, les gens s’en préoccupe moins! C’est la dure loi de la nature et ce principe est souvent retrouvé : les filles sont plus facilement prises en stop, les filles sont plus facilement hébergés en couchsurfing… Sourire

En plus, il y avait une salle de sport à l’étage et donc pleins de gars qui passaient à longueur de journée et du coup ils me prenaient tous des papiers (alors que si c’était le gars, négatif!).

camden marketDes que je remontais pour chercher les flyers (car je n’en avais plus), le patron me disait “vite vite”. Je devais donc ne pas traîner car pendant ce temps je loupais des gens qui montaient!

Dans le restaurant, il n’y avait aucuns anglais (même pas les patrons). Tout le monde était étranger. Et il n’y avait ni mexicain ni italien (alors que c’était un restaurent mexicain et italien!). L’ambiance était plutôt malsaine (je suppose que vous vous en doutiez!). Les patrons mettaient une horrible atmosphère et une pression continuelle.

Exploitation et semi-exploitation

Qu’en pensez-vous? Trouvez-vous que j’ai été exploitée?

Et bien, sachez que j’étais seulement semi-exploitée!

Pourquoi : parce que j’étais française. Tout simplement.

Il y avait plus de la moitié des employés qui étaient payés au black. Parmi eux, deux gars du Bangladesh. Ils travaillaient tous les jours, de midi à 1h du mat (soit 13 heures de boulot) pour 20£ (25 euros) la journée. Soit 1.53 euros de l’heure.

st paulIls étaient payés moins que moi alors qu’ils travaillaient beaucoup plus.

Pourquoi étaient-ils en Angleterre? Pour faire leur vie. Pour avoir une vie meilleure que dans leur pays.

J’ai parlé avec l’un d’entre eux, lui disant qu’il pouvait trouver un autre boulot. Il m’a dit que cela faisait plus d’un an qu’il était là et qu’on ne lui proposait que ce genre de boulot. Que c’était tout le temps comme cela. Car ils n’avaient pas le droit de travailler (pas de permis de travail).

Qu’est-ce que cela m’a apporté ?

-J’ai donc été exploitée (bon, moyennement, je dois le convenir, mais tout de même). Ce qui est tout de même une expérience.

-J’ai découvert ce qu’étaient des conditions de travail horribles. Des fois, j’ai eu envie de pleurer. Mais qu’étais-je? J’étais seulement là pour travailler un mois (bon, les patrons ne le savaient pas). Ce n’était pas ma vie quotidienne. Mais j’ai vu ce à quoi je ne veux pas que ma vie ressemble.

musée-“Ce n’était pas ma vie quotidienne”, mais pour les autres cela l’était. J’ai seulement été une jeune européenne qui vient pour passer des vacances mais eux étaient des étrangers venus chercher une vie.

-J’ai pris conscience de mon statut d’européenne. Pourquoi étais-je payée plus cher? Tout simplement parce que j’étais française, parce que, bien sur, je n’aurai pas accepté un salaire plus bas (déjà que quand ils m’ont dit le prix, j’ai bien fait une tête de blasée! Mais bon, je n’avais vraiment plus d’argent!). Parce que rien que mon statut de pays me donne un pouvoir. Quand ils étaient désagréables avec moi, j’avais tendance à les renvoyer un peu bouler car je ne les aimais pas et que je pouvais me le permettre. Mais pas eux. Ils ne pouvaient pas dicter leurs conditions.

-J’ai pris conscience de l’exploitation. Cela ne se voit pas. J’ai pu m’en rendre compte car j’étais une étrangère dans un pays étranger et j’avais besoin d’argent. En France, il doit avoir pleins de cas comme cela mais je n’en avais jamais pris conscience (peut-être aussi parce que je n’habite pas Paris mais en Charente-Maritime!).

 

Que pensez vous de tout cela ?

Léa.

Blog Partir en Voyage, conseils et bavardages sur le voyage.

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11 thoughts on “Comment je me suis fait exploiter à Londres [Chronique Voyage]

  1. 27 octobre 2012 at 11:13

    Personnellement, je connais des gens qui se font exploité mais il gagnait beaucoup plus de ça!

    Je pense qu’en Cherchant mieux tu aurais pu trouver beaucoup mieux car j’ai pas mal de potes qui travaille la-bas et ils ne s’en plaignent pas!

    1. Léa Chourrier
      27 octobre 2012 at 3:39

      Yes, sans doute mais je ne parlais pas beaucoup anglais et je n’avais pas trop d’expériences pro… et puis j’avais vraiment besoin d’argent!
      Mais je ne regrettes pas car j’ai beaucoup appris.
      Léa.

    2. patrick
      5 août 2014 at 7:55

      bonjour, je compte me rendre à Londres l’été prochain pour améliorer mon anglais, et je voulais vous demander si vous n’aviez pas quelques plans job là bas, cela me serait très utile. merci d’avance. cordialement.

  2. Leah voyage
    28 octobre 2012 at 12:17

    Disons que devant d’une français je trouve cela en effet très peu payer.
    Surtout que tu parles français même si le job ne le nécessitait pas!

    Et je suis d’accord avec toi sur cet loi de la nature, fille power!

    1. Léa Chourrier
      29 octobre 2012 at 1:46

      :) Ton  » fille power » me fait rire !
      Fais gaffe à ce que tu dis car certains risquent de ne pas apprécier ! ;)

  3. voyage spon
    29 octobre 2012 at 12:57

    Je trouve que tu as eu du courage de rester 1 mois! Après on n’en apprend tous les jours et je pense que cette expérience t’a fait évolué!

    1. Léa Chourrier
      29 octobre 2012 at 1:44

      Oh, non, pas besoin d’être courageuse pour rester un mois… en tous cas je ne pense pas! Je pense que l’homme a tendance à s’adapter et à s’habituer aux différentes situations. Et puis, ma situation était bien comparé à d’autres (ex : ceux du Bangladesh).

  4. Bodson Ludovic
    19 novembre 2012 at 2:35

    Perso je suis resté deux ans en restauration , et je peux te dire que je m’y suis jamais habitué. Je suis partis en dépression , mais je suis resté jusqu’au bout pour pouvoir toucher mes Assedics ( chose que j’avais absolument besoin si je voulais par la suite reprendre mes études). Je travaillé en poste de coupure toute la semaine ( de 11h45 à 15 et reprenait de 18h30 à 22h30 ), le week-end je travaillais également. Mes heures supplémentaires n’étaient pas toujours payées, parfois je n’avais pas de journées de repos. Pourquoi ? Car les lois de le restauration sont corrompues ! j’ai été insulté , rabaissé, et personnes n’étaient là ( formateur de formation, et différentes actions sociales pour la défense des salariés de restauration). Pourtant j’étais Français, sous contrat d’apprentissage réglementé. :) Je me suis renseigné et je n’était pas le seul dans cette situation.Beaucoup d’apprentis étaient dans la même situation que moi, et parfois même pire , ils étaient violentés par leurs supérieurs. Bref! La restauration pour moi c’est fini :)

    1. 19 novembre 2012 at 5:43

      Salut Ludovic,
      Effectivement, cela n’a pas eu l’air facile pour toi… 2 ans en plus c’est long!
      Sachant que tu étais en apprentissage, les profs auraient pu t’aider en parlant avec le patron… (j’ai fait des études par apprentissage et c’est comme cela que ça se passait quand il y avait un pb entre salariés et patrons).
      En tous cas, c’est cool que tu ais décidé de changer si tu détestais cela.
      J’espère que tes autres expériences pro se sont mieux passées :)
      Léa.

  5. Lauren
    20 mai 2014 at 11:39

    chère Léa, bravo et merci pour ton post!

    J’ai vécu exactement la même chose à Covent Garden pendant l’été 2007, à l’époque j’étais payée 3, 50 livres de l’heure. Je travaillais dans une soi-disant pizzeria tenue par un Indien avec un staff en majorité pakistanais et russe (normal dans ce genre de restos!).

    Je ressentais la même injustice à l’égard des cuisiniers pakistanais et afghans encore moins payés que moi mais qui faisaient preuve d’une véritable sagesse et d’humanité! Je me souviens notamment de Jalid, un de collègues serveurs, Pakistanais, travaillait 14h par jour, avec 30 min de pause, pour payer ses études d’ingénieur.

    Pour ma part je travaillais « seulement  » 10h par jour avec 30 min de pause et droit de s’asseoir seulement à la pause. Je distribuais également des flyers débiles et devais sourire et aller vite toute la journée, et ce, surveillée par 15 caméras et encouragée par avec les commentaires déplacés de mon boss!

    On apprend beaucoup sur soi-même et sur les autres en faisant ce genre d’expérience…surtout l’on se rend encore plus compte de la chance d’être Français et de pouvoir vivre où l’on veut quand on veut!! A chaque fois que j’entends quelqu’un se plaindre de la France et des mauvaises conditions de travail, je repense à cette exploitation vécue et surtout à la situation terrible des clandestins…

    J’espère que tu as prévu quelque chose de plus funky pour cet été 2014;-)

    Lauren

    ps: merci pour tes bons conseils de préparation de valise cabine, post très utile!!

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